Série 'Gueules Cassées' 1914-2014

Avec sa série « Mann », Maât s’interroge déjà sur l’importance du Visage dans nos sociétés. Imaginant une série d’Hommes dépourvus de visage agissant jusqu’à faire de ce monde un univers de chaos. Elle pose la question de l’identité mais aussi de l’identification. Peut-on exister « sans » visage ? La notion de personne (masque en latin) peut-elle se substituer à la notion d’individu ?


1914 - 2014: A la veille du cycle commémoratif de la Grande Guerre, la thématique du visage s’est de nouveau imposée à l’artiste.


" Au prime abord, symbole des horreurs de la Guerre, la série « Gueules Cassées » se veut un acte solidaire enthousiaste, un hommage aux blessés pour la France, ceux de la Grande Guerre mais aussi toutes les victimes militaires et civiles atrocement défigurées chaque année. Elle vise à soutenir et honorer les actions et le travail de mémoire menés publiquement par l’association éponyme fondée en 1921.


Elle incite aussi et surtout à la réflexion sur la difficile question du regard de l’autre et de son acceptation.


--- LE VISAGE DANS LA RECONNAISSANCE DE SOI ET DE L’AUTRE


L’oeuvre s’interroge d’abord sur la valeur accordée au visage dans nos sociétés où l’individualité tient une place importante. Si par ses attributs communs, le visage relie à une communauté sociale et culturelle, la singularité d’un visage renvoie à la singularité de l’individu ; C’est dans le visage que s’inscrit la distinction individuelle. Le visage est la forme charnelle de notre identité, berceau de l’âme, du sentiment de soi, de notre séduction, de nos émotions, de notre rapport à l’autre. L’individu se démarque, s’affirme ainsi socialement. Toutefois, le visage est l’unique partie du corps dont nous ne pouvons prendre conscience que par l’utilisation d’un objet réfléchissant.


L’oeuvre met en évidence le phénomène de réflexion du miroir, la reconnaissance de son image dans le miroir et l’affirmation en tant qu’individu unique.


Quid de l’individu dont le visage est altéré ? Comment se reconnaitre face au miroir ? Peut-on se regarder en face ? Doit-on et peut-on faire le deuil de ce visage perdu, de notre identité ?


--- LE MIROIR AU CENTRE DE L’OEUVRE - CE QUE JE RENVOIE ; CE QUE L’AUTRE ME RENVOIE


Le miroir met en lumière le caractère politique de l’Homme (bios politikos), c'est-à-dire sa capacité à vivre avec ses semblables et s’organiser pour former une cité (polis). L’Homme s’insère dans la vie de la Cité, le domaine public. Le domaine public est le domaine de l’apparence, domaine où l’Homme peut apparaitre, être vu et se faire entendre. En tant qu’être unique mais semblable, l’Homme existe socialement à travers le regard de l’Autre. L’échange avec autrui participe à sa construction identitaire, développe son sentiment d’appartenance communautaire et son intégration dans la cité. L’entourage devient à son tour le miroir flatteur, satisfaisant son besoin permanent de reconnaissance sociale.


Quid de l’individu mutilé, l’Homme dès lors différent de ses semblables ? Oscillant entre autodérision et repli sur soi, quête de reconnaissance et honte de se montrer voire recherche de l’anonymat, peut-on, à défaut de se reconstruire, se construire de nouveau ? Doit-on trouver notre reflet « acceptable pour la société » ? S’accepter peut-il suffire pour se faire accepter non plus d’autrui mais des autres ?


Le miroir pose cette fois la question de l’acceptation de l’autre. Puis-je reconnaitre cette personne aujourd’hui différente ?


--- LE DEFI DE L’ALTERITE


Ce visage semble à la fois étrange et familier à l’Autre. Source de malaise, il surgit comme un avertissement. Lorsque les regards des autres, même des proches, se détournent sur son passage, cet individu qui suscite dégoût, effroi, leur renvoie l’image de leurs propres peurs. Peur de la différence ou peur de la ressemblance ? Il suggère à l’Autre des aspects de lui-même qu’il rejette, ignore, ou ne veut pas voir ; il suscite chez l’Autre, la peur de ressembler un jour à cet être hors des normes de la société.


Cependant, d’un coup débouté de ses références normées, chacun avance pas à pas, non plus vers la tolérance comme un regard qui se détourne, mais vers la reconnaissance de l’Autre dans sa différence, la reconnaissance de la particularité de chacun individuellement, hors normalisation, l’attention aux autres et le respect du droit à être soi-même et chacun différent."


Oeuvres "Les gueules cassées" - Maat. 2014 - Disponibilité sur demande


"Gueule cassée mod.cuivre" Maat. 2014 - Retrouvez cette oeuvre dans la galerie

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